Statistiques et classement : lire ses résultats sans se raconter d'histoires
Un score de quiz ne dit presque rien tout seul. 72 % à une session peut signifier que tu progresses bien, ou que tu viens de perdre le contrôle d'une semaine que tu maîtrisais le mois dernier. C'est la comparaison qui informe, jamais le nombre isolé.
Cet article décrit ce que KVT enregistre, ce qu'il en fait, et comment s'en servir sans tomber dans les deux illusions classiques : croire qu'on sait parce qu'on a un bon score, et croire qu'on stagne parce qu'un chiffre a baissé.
Ce qui est enregistré
Pour chaque semaine de chaque semestre, l'application retient ton meilleur score et l'historique de tes tentatives. Le meilleur score sert de repère ; l'historique sert à voir la forme de ta courbe.
Ces deux informations n'ont pas la même valeur. Le meilleur score répond à « de quoi suis-je capable un bon jour ». L'historique répond à « est-ce que ça tient dans le temps », qui est la seule question qui compte à trois semaines d'un examen.
Les trois lectures utiles
L'écart entre deux essais espacés. Fais une semaine aujourd'hui, refais-la dans trois jours sans réviser entre-temps. La différence mesure ce que ta mémoire a réellement gardé. Un premier essai à 85 % suivi d'un second à 60 % signifie que tu avais mémorisé pour quelques heures, pas appris. C'est désagréable à voir et c'est l'information la plus précieuse de toute la section.
Les semaines qui n'ont jamais été rouvertes. On révise spontanément ce qu'on maîtrise, parce que c'est agréable. Les semaines anciennes avec un seul essai sont presque toujours celles où le contenu s'est le plus effacé. Elles se repèrent d'un coup d'œil dans la vue d'ensemble.
Le plateau après une progression rapide. Il est normal, et il arrive à peu près au même endroit chez tout le monde : quand le vocabulaire dépasse le millier de mots et que les caractères commencent à se ressembler. Le voir sur une courbe évite de l'interpréter comme un échec personnel. Ce n'est pas la mémoire qui faiblit, c'est la méthode par listes plates qui atteint sa limite.
Le barème, et pourquoi il n'est pas binaire
Une réponse n'est pas jugée juste ou fausse mais comparée à la solution attendue, et notée selon sa ressemblance. Écrire がこう au lieu de がっこう rapporte une bonne part des points : la structure est là, il manque une petite tsu. Écrire un mot sans rapport n'en rapporte aucun.
Ce choix a une conséquence directe sur la lecture de tes scores : un 70 % chez KVT n'est pas un 70 % ailleurs. Il peut décrire dix mots sus sur quatorze, ou quatorze mots presque justes. Les deux situations demandent un travail très différent, et c'est le détail des questions, pas le pourcentage, qui te le dira.
Le mode d'aide, quand tu l'utilises, met la question à zéro. Ce n'est pas une punition : c'est ce qui garde tes statistiques honnêtes. Une aide sans coût serait utilisée partout, et ta courbe finirait par mesurer ta capacité à cliquer sur un bouton.
Le classement : à quoi il sert vraiment
Le classement compare la progression hebdomadaire des personnes qui ont un compte. Seuls les pseudos y apparaissent — jamais un nom, jamais une adresse e-mail, y compris pour les autres participants.
Son intérêt n'est pas de savoir qui est le meilleur. Il est de créer une raison de s'y remettre un mardi soir sans envie. Dans un groupe de trois ou quatre camarades de classe, savoir que quelqu'un a fait sa semaine suffit souvent à faire la sienne — c'est un effet d'entraînement, pas de compétition.
Il a aussi une limite qu'il vaut mieux connaître : il mesure l'activité, pas le niveau. Quelqu'un qui refait dix fois la même semaine facile monte plus vite que quelqu'un qui attaque un semestre difficile. Si le classement te décourage, ignore-le : tes propres courbes disent quelque chose de bien plus utile sur toi que ta place dans une liste.
Ce qui reste local, et ce qui part
Sans compte, tout reste dans ton navigateur ou dans l'application installée. Rien n'est envoyé nulle part, et les versions Mac et Windows fonctionnent entièrement hors connexion sur ce principe.
Avec un compte, tes scores sont sauvegardés en ligne pour pouvoir être repris sur un autre appareil, et ta progression hebdomadaire alimente le classement. Ce sont les deux seuls usages. Le détail de tes réponses, tes mots ajoutés à la main et tes mémos personnels ne sont montrés à personne.
Une méthode de lecture en trois minutes
Ouvre la section Statistiques une fois par semaine, pas une fois par jour — une courbe consultée trop souvent ne montre que du bruit.
Repère les deux ou trois semaines dont le meilleur score est le plus bas, refais celles-là plutôt que celles qui te plaisent, et regarde l'écart avec ton essai précédent. Si l'écart se réduit d'une fois sur l'autre, la méthode fonctionne et il n'y a rien à changer. S'il ne bouge pas après trois passages, ce n'est pas la quantité de révision qu'il faut augmenter : c'est le contenu de cette semaine qu'il faut reprendre autrement, par les kanji et leurs composants plutôt que par les mots entiers.
Trois erreurs d'interprétation qui coûtent cher
Prendre un bon premier essai pour un acquis. C'est l'erreur la plus commune et la plus coûteuse, parce qu'elle mène à ne plus rouvrir une semaine. Un score obtenu juste après avoir lu la liste mesure ta mémoire à court terme, celle qui aura tout effacé dans quarante-huit heures. Aucune conclusion ne peut être tirée d'un premier essai, quel que soit son niveau.
Comparer deux semaines entre elles. 60 % sur une semaine de trente mots difficiles vaut mieux que 90 % sur une semaine de douze mots familiers, et pourtant le second chiffre est plus flatteur. Les pourcentages ne sont comparables qu'avec eux-mêmes, dans le temps. Comparer deux semaines différentes ne dit rien d'autre que leur différence de difficulté.
Réviser ce qui fait plaisir. Rouvrir une semaine où l'on a 95 % est agréable et ne sert à rien. Le temps de révision a plus d'effet là où le score est bas, et c'est exactement là qu'on n'a pas envie d'aller. La vue d'ensemble est faite pour rendre cet évitement visible : si tes trois semaines les plus travaillées sont aussi tes trois meilleures, tu t'es fait plaisir plutôt que progressé.
Ce que les chiffres ne mesurent pas
Aucune de ces courbes ne dit si tu sais parler. Elles mesurent la reconnaissance et la restitution de lectures — une compétence réelle, nécessaire, et insuffisante. On peut atteindre 95 % partout et rester incapable de tenir une conversation, parce que produire une phrase mobilise autre chose que retrouver une lecture.
C'est une limite de l'outil, pas un défaut à corriger : un quiz de vocabulaire fait bien une chose. Le prendre pour une mesure de ton japonais serait la même erreur que juger un musicien sur ses gammes. Les gammes comptent, elles ne font pas la musique.